Peut-on prendre du Spasfon en toute sécurité pendant l’allaitement ?

On se retrouve souvent dans le pétrin quand on allaite et qu’une douleur abdominale nous fait plier en deux. La question brûle les lèvres : peut-on prendre du Spasfon sans risque pour son bébé ?

Réponse officielle : le Spasfon est déconseillé pendant l’allaitement par l’ANSM en raison du manque de données, mais le CRAT (référence française en matière de médicaments et allaitement) le considère envisageable car aucun événement indésirable n’a été signalé chez les enfants allaités. La nuance est de taille ! Le phloroglucinol, principe actif du Spasfon, n’a pas fait l’objet d’études sur son passage dans le lait maternel, ce qui explique cette prudence réglementaire plutôt qu’un danger avéré.

On fait le tour ensemble de ce qu’on sait vraiment sur cette molécule, des alternatives bien tolérées et des gestes malins pour soulager ces fichues crampes sans se ronger les sangs.

Spasfon et allaitement : que disent les recommandations officielles ?

Les autorités sanitaires jouent la carte de la prudence, ce qui peut sembler frustrant quand on a mal.

La position de l’ANSM et des autorités sanitaires

Les notices officielles du Spasfon indiquent clairement que son administration est déconseillée chez la femme qui allaite1. L’ANSM et la base de données publique des médicaments reprennent cette même formulation : « En l’absence de données, il est préférable d’éviter l’utilisation de ce médicament pendant l’allaitement »2. Cette position s’appuie sur un principe simple : on ne recommande pas ce qu’on ne connaît pas suffisamment.

Déconseillé ne signifie pas interdit : comprendre le principe de précaution

Voilà où ça devient intéressant ! Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), LA référence française pour les professionnels de santé, nuance fortement cette position3. Selon leurs experts, le phloroglucinol-triméthylphloroglucinol est « envisageable chez les femmes qui allaitent » car malgré un usage probablement fréquent, aucun événement adverse n’a été signalé chez les enfants allaités. La différence ? L’absence de données ne signifie PAS qu’il y a un risque, simplement qu’aucune étude n’a été menée pour le prouver noir sur blanc. C’est toute la subtilité du principe de précaution réglementaire versus la réalité clinique.

Vidéo

Puis-je prendre des médicaments pendant l’allaitement ?

Site du CHR Orléans: https://www.chr-orleans.fr/ Suivez les actualités du CHR Orléans sur les réseaux sociaux ! Facebook …

Composition et passage lacté du Spasfon : ce que l’on sait

Entrons maintenant dans le vif du sujet : que contient exactement ce petit comprimé blanc ?

Le phloroglucinol et ses propriétés pharmacologiques

Le Spasfon associe deux molécules : le phloroglucinol (80 mg) et le triméthylphloroglucinol (0,16 mg pour les comprimés)4. C’est un antispasmodique musculotrope, autrement dit il agit directement sur les muscles lisses du tube digestif, des voies biliaires, de la vessie et de l’utérus pour les détendre. Contrairement aux antispasmodiques atropiniques, il ne provoque pas d’effets secondaires comme la sécheresse buccale ou les troubles visuels 🔬. Son action est locale et rapide, ce qui en fait un allié de choix contre les coliques, les spasmes intestinaux et même les contractions utérines.

Les données disponibles sur le passage dans le lait maternel

Et c’est là que le bât blesse : aucune étude publiée n’a mesuré le passage du phloroglucinol dans le lait maternel5. On ne connaît ni sa concentration lactée, ni sa demi-vie d’élimination chez la femme allaitante, ni son métabolisme précis après absorption. Cette absence totale de données pharmacocinétiques explique la frilosité des notices officielles. Pourtant, le recul clinique est là : des milliers de femmes ont utilisé du Spasfon pendant leur allaitement sans qu’aucun problème ne remonte aux centres de pharmacovigilance. C’est ce qui permet au CRAT de considérer son utilisation comme envisageable, faute de signal d’alerte malgré des années de pratique.

Alternatives sûres et efficaces pendant l’allaitement

Passons aux solutions concrètes ! Voici ce qui peut vous soulager sans vous faire tourner en rond :

Médicaments compatibles avec l’allaitement

MédicamentPrincipe actifNiveau de sécurité CRATEfficacité sur spasmesDélai d’action
ParacétamolParacétamolCompatible sans restrictionFaible à modérée (douleur)30-60 minutes
IbuprofèneIbuprofèneCompatible (hors contre-indication)Modérée (inflammation)20-30 minutes
SpasfonPhloroglucinolEnvisageable selon CRATBonne (spasmes ciblés)15-30 minutes

Le paracétamol reste l’antalgique de première intention pendant l’allaitement, totalement sûr mais moins efficace sur les spasmes digestifs. L’ibuprofène peut être utilisé ponctuellement si aucune contre-indication (ulcère, saignement digestif) n’existe. Le Spasfon garde l’avantage de son action antispasmodique directe, particulièrement utile pour les coliques ou les douleurs biliaires6.

Solutions naturelles et gestes non médicamenteux

Avant de courir à la pharmacie, ces alternatives valent le détour :

  1. Bouillotte chaude sur le ventre : efficacité modérée à bonne, à appliquer 15-20 minutes plusieurs fois par jour pour détendre les muscles abdominaux
  2. Tisane de mélisse ou camomille : efficacité légère, propriétés antispasmodiques douces, 3 tasses par jour entre les tétées
  3. Massage abdominal circulaire : efficacité modérée, dans le sens des aiguilles d’une montre avec une huile végétale tiède, 5-10 minutes
  4. Position genoux-poitrine : efficacité bonne pour les gaz intestinaux, maintenir 2-3 minutes pour faciliter l’évacuation
  5. Alimentation adaptée : efficacité préventive, éviter choux, légumineuses, boissons gazeuses et fractionner les repas
  6. Repos et hydratation : efficacité globale sous-estimée, boire 2L d’eau par jour et s’allonger dès que possible

Ces gestes peuvent suffire pour les douleurs légères à modérées. Mais soyons honnêtes…

Quand la douleur vous plie en deux, une tisane ne fait pas toujours le poids.

Si vous devez prendre du Spasfon : précautions et bonnes pratiques

Parlons maintenant stratégie pour minimiser l’exposition de votre bébé.

Dosage, timing et durée de traitement acceptable

La posologie Spasfon classique est de 2 comprimés trois fois par jour pour les adultes, sans dépasser 6 comprimés sur 24 heures7. Si vous allaitez, privilégiez la dose minimale efficace : commencez par 1 à 2 comprimés au moment de la crise. Le timing compte : prenez-le juste après une tétée pour que la concentration dans votre sang (et potentiellement dans le lait) soit la plus basse possible lors de la prochaine mise au sein. Pour un traitement ponctuel de 24 à 48 heures, le risque reste minime. Au-delà de 3 jours de prise continue, un avis médical devient souhaitable pour vérifier qu’on ne passe pas à côté d’un problème plus sérieux.

Que faire si vous avez déjà pris du Spasfon ?

Pas de panique ! Si vous avez pris du Spasfon avant de vous poser la question, respirez un bon coup. Aucun cas d’effet indésirable n’a été rapporté chez les nourrissons de mères traitées8. Continuez d’allaiter normalement en surveillant simplement votre bébé dans les heures qui suivent : vérifiez qu’il tète correctement, qu’il n’est pas anormalement somnolent et qu’il ne présente pas de troubles digestifs inhabituels (vomissements répétés, diarrhée). Dans l’immense majorité des cas, tout se passe parfaitement bien. Inutile de tirer et jeter votre lait, ce serait du gâchis pour un risque théorique non documenté.

Quand consulter un professionnel de santé ?

Certains signaux doivent vous mettre en alerte et justifier un coup de fil rapide.

Signes d’alerte nécessitant un avis médical urgent

Chez la mère :

  • Douleurs abdominales persistantes au-delà de 48 heures malgré le traitement
  • Fièvre supérieure à 38,5°C associée aux douleurs
  • Vomissements répétés empêchant toute alimentation
  • Présence de sang dans les selles ou selles noires
  • Douleur localisée au point de McBurney (appendicite possible)
  • Jaunisse ou urines foncées (problème biliaire ou hépatique)

Chez le bébé :

  • Refus de téter ou tétées très espacées sans raison apparente
  • Somnolence excessive, difficultés à le réveiller
  • Irritabilité inhabituelle, pleurs inconsolables
  • Vomissements en jet répétés
  • Troubles du transit marqués (diarrhée importante ou constipation soudaine)

Arbre décisionnel : j’ai mal au ventre pendant l’allaitement

---
title: Conduite à tenir face aux douleurs abdominales pendant l'allaitement
---
flowchart TD
    A["Douleur abdominalependant l'allaitement"] --> B{"Intensité dela douleur ?"}
    B -->|Légère à modérée| C{"Durée > 48h ?"}
    B -->|Intense| D{"Fièvre ousaignements ?"}
    
    C -->|Non| E["Solutions naturelles(bouillotte, tisane, repos)"]
    C -->|Oui| F["Consultation médecingénéraliste"]
    
    D -->|Oui| G["URGENCESimmédiatement"]
    D -->|Non| H{"Amélioration avecantispasmodique ?"}
    
    E --> I{"Améliorationen 24h ?"}
    I -->|Oui| J["Continuer mesuresnaturelles"]
    I -->|Non| K["Paracétamol ou Spasfon(dose minimale)"]
    
    H -->|Oui| L["Traitement court(24-48h max)"]
    H -->|Non| F
    
    K --> M{"Amélioration ?"}
    M -->|Oui| L
    M -->|Non| F
    
    L --> N["Surveillance bébé(tétées, comportement)"]
    
    classDef urgent fill:#ffcccc,stroke:#cc0000,stroke-width:3px,color:black;
    classDef naturel fill:#d4f1c5,stroke:#006400,stroke-width:2px,color:black;
    classDef medical fill:#fff4cc,stroke:#ff9900,stroke-width:2px,color:black;
    classDef surveillance fill:#cce5ff,stroke:#0066cc,stroke-width:2px,color:black;
    
    class G urgent;
    class E,J naturel;
    class F,K,L medical;
    class N surveillance;

Ce schéma vous aide à prendre la bonne décision selon votre situation. Gardez-le en tête : l’automédication reste acceptable pour des douleurs légères et transitoires, mais dès que ça traîne ou s’aggrave, un professionnel doit évaluer la situation. Votre instinct de mère reste votre meilleur guide !

Sources

  • https://agence-prd.ansm.sante.fr/php/ecodex/notice/N0359926.htm [1]
  • https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/medicament/62998997/extrait [2]
  • https://www.lecrat.fr/11749/ [3] [5] [6] [8]
  • https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/medicament/68081368/extrait [4] [7]

Foire aux questions

Aucune étude n’a mesuré le passage du phloroglucinol dans le lait maternel. En l’absence de données, les autorités appliquent un principe de précaution, mais le CRAT considère son utilisation envisageable car aucun effet indésirable n’a été signalé chez les bébés allaités.

Oui, vous pouvez continuer à allaiter normalement. Pour minimiser l’exposition théorique, prenez le médicament juste après une tétée. Surveillez simplement que votre bébé tète bien et ne présente pas de comportement inhabituel dans les heures suivantes.

Le Spasfon contient du phloroglucinol (antispasmodique) contre les contractions douloureuses, tandis que Meteoxane associe siméticone et citrate d’alvérine pour traiter les ballonnements et gaz intestinaux. Ils n’ont pas la même action ni les mêmes indications pendant l’allaitement.

Non, le Spasfon n’est pas un anti-inflammatoire mais un antispasmodique musculotrope. Il détend les muscles lisses des organes creux (intestin, vessie, utérus) sans action sur l’inflammation. Pour une inflammation, l’ibuprofène reste l’option compatible avec l’allaitement si nécessaire.

Pour une utilisation ponctuelle de 24 à 48 heures, le risque reste minime selon le CRAT. Au-delà de 3 jours de traitement continu, consultez un médecin pour identifier la cause des douleurs et envisager une alternative mieux documentée si nécessaire.

Laisser un commentaire